mercredi 6 février 2008

Capote, paternité & liberté d'être mère

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"NDLR de LPLM :Un article important car il soulève sur le fond la question de la disparité juridique de la maitrise de la fécondité comme l’a parfaitement démontré Marcella Iacub :

père d’un enfant non désiré poursuit la mère. L’affaire est en cassation. Géniteur malgré lui, il réclame justice Par CHARLOTTE ROTMAN QUOTIDIEN : mercredi 4 juillet 2007

Un homme peut-il attaquer en justice une femme qui a gardé un enfant dont il ne voulait pas ? Et gagner ? Cela aurait pu rester une banale histoire de drague. Benoît et Anne-Marie (1) se sont suffisamment plu pour coucher ensemble le soir de leur premier rendez-vous, fixé par petite annonce. C’est à peu près la seule chose sur laquelle ils sont d’accord. De cette union est né un enfant.

Quinze ans après, ils se retrouvent devant la Cour de cassation. Benoît poursuit Anne-Marie pour « faute » et demande ­réparation. Lui affirme qu’il n’y eut qu’un soir. Elle parle d’une relation de plusieurs semaines qui s’est achevée brusquement : « Je lui ai dit que j’étais enceinte. Il a tourné les talons. » Anne-Marie ne prenait plus la pilule depuis qu’elle était séparée du père de sa petite fille : « Je ne pensais pas à ça », se justifie-t-elle aujourd’hui. Elle a reçu sa grossesse surprise comme « un don du ciel ». C’était en 1991. Aujourd’hui Benoît parle d’un « désastre ». Il décrit une « ruse machiavélique ». Il se sent « piégé » : « Il n’y avait aucun doute qu’elle utilisait un moyen de contra­ception. » Refus de test. En 1993, elle l’assigne en justice pour une reconnaissance en paternité : « Je ne voulais pas de nom, pas de pension, juste qu’il soit clair avec cet enfant. » Benoît, avocat, se soustrait au test et multiplie les pro­cé­dures. Las, en 2000, la justice le reconnaît officiellement comme le père et le ­condamne à verser une pension alimentaire de 304 euros dont il ­s’acquitte chaque mois. Procédurier, Benoît ne s’est pas laissé faire. « Vous laissez votre sac ouvert dans un café et vous vous faites voler votre portable : ce n’est pas parce que vous êtes léger que l’autre est exonéré de sa responsabilité », argumente-t-il. J’ai le droit de disposer de ma vie familiale. » Y compris de ne pas en avoir. Logique. C’est avec ce raisonnement que Benoît a attaqué pour faute. Selon lui, les femmes qui ont « le pouvoir exorbitant » de choisir si elles font des enfants (y compris dans le dos d’un homme) ont « une responsabilité accrue ». Cette logique s’applique aussi dans le cadre d’une relation suivie « où une femme tromperait un homme naïf qui ne veut pas d’enfant », plaide-t-il. Jusqu’à présent, la justice lui a donné tort. Le 21 mars 2006, la cour d’appel d’Orléans pose que « le simple fait de devenir père, même sans l’avoir recherché, ne ­sau­rait être considéré comme un fait dommageable ». Elle pointe aussi les responsabilités du « monsieur » : « Tout homme qui accepte des rapports non protégés encourt [.] la possibilité d’une procréation. » Et le condamne à 10 000 euros de dommages et intérêts. Depuis cette histoire, Benoît, déjà père de plusieurs enfants, s’est marié et a eu un garçon. A part sa femme, nul n’est au courant. Anne-Marie, elle, a dit à son fils : « Ton papa habite Paris mais il est souvent en voyage. Il est fâché contre moi. » La Cour de cassation doit se prononcer prochainement. (1) Les prénoms ont été modifiés."

Article original

Cet article ne date pas d'hier, mais je le trouve hyper intéressant, et d'autant plus les réactions qu'il suscite sur le forum notamment celle-ci :

"Vincent : L'HOMME EST donc obligé d'être père ...
LA FEMME A LE DROIT de ne pas être mère: elle peut avorter , elle peut accoucher sous x quand elle n'a pas d'autres solutions. Mais , en 2007 , l'homme, lui , il est obligé d'être père même quand il ne l'a pas voulu (enfant dans le dos) ! Au bout d'un moment on ne met plus de préservatif , et l'homme ne peut pas contrôler si sa partenaire prend la pillule. Si elle tombe enceinte,cet 'homme "abusé" n' a pas le contrôle de la grossesse et ne peut pas la faire interrompre puisque la femme est evidemment libre de son corps.Certaines femmes ont réussi à cacher leur grossesse. Et signer un papier qui dit qu'on ne veut pas être le père de l'enfant à venir n'a aucune valeur juridique. Moi ,ce que je ne comprends pas c'est qu'en 2007 , une femme a le droit de ne pas être mère mais une homme, lui , est obligé d''être père et ce même quand on lui a fait un enfant dans le dos! Il y a donc beaucoup à faire dans l'égalité entre les sexes! Evidemment quand on divorce et que l'homme a reconnu les enfants , il ne peut pas venir dire ensuite qu'il n'est plus le père juste pour ne pas payer de pensions. Jeudi 05 Juillet 2007 - 15:56"

Personnellement, je peux quasiment compter le nombre de fois où j'ai coucher avec une fille sans capote, et si la prudence quant aux MST a été un des vecteurs de prudence, le fait que je sois complètement paranoïaque quant à la paternité l'a été bien plus. Même avec ma relation la plus longue, au bout de quasiment un an, je mettais encore des capotes.
J'ai entendu parler, il y a quelques temps, d'une pilule contraceptive pour homme, mais il semblerait que la stérilité fasse partie des fréquents effets secondaires, et si je ne veux pas de progénitures, je veux en revanche être conscient que j'en ai le pouvoir. Connerie masculine quand tu nous régis.
Je trouve le terme "Pouvoir exorbitant" extrêmement pertinent. Je qui profondément athée, mais dans la religion il se dit que seul Dieu a droit de vie et de mort sur nous tous. C'est donc faux. Les femmes possèdent aussi ce droit que nous ne possédons pas. Parfois, je me dis que ma paranoïa a sûrement déjà sauvé mon petit cul de célibataire sans enfant plus d'une fois.
C'est tout simplement une aberration. A l'heure actuelle, tout est régit par des contrats : Mariage, logement, emploi, prêt, abonnement téléphonique, assurance, bref, tout ce qui concerne deux parties requiert l'accord clair des deux parties. Je ne comprends toujours pas pourquoi deux parents voulant un enfant ne doivent pas signer un contrat, il s'agit tout de même d'une vie humaine, voire de trois vies humaines qui peuvent être somptueusement gâchées par un vide juridique surprenant. d'une part, on impose à un homme de vivre avec l'idée qu'il a un enfant qu'il fait le choix de connaître ou de ne pas connaitre, c'est bien, déjà c'est pas cruel, ensuite, on impose potentiellement à un enfant de grandir sans son père, en se demandant toute sa vie"pourquoi son père n'a pas voulu de lui", vachement bien pour se construire ça aussi, quant à la mère qui se retrouve seule à élever son gosse en maudissant l'autre infâme connard qui n'a pas voulu être le père de son enfant ou l'obligeant à le reconnaitre précisément, elle aussi ne va pas se pourrir la vie.

Des objections ou on le met en branle ce contrat de parentalité?

5 commentaires:

Rémy a dit…

dommage que tu n'ais put trouvé de commentaire provenannt d'une femme, qui se prononce plutot contre cet article.
Je suis d'accord dans le fond avec cet article, mais ca manque d'objectivité de le présenter ainsi...

Eriengaal a dit…

Détrompe-toi, si tu suis le lien de l'article original tu auras accès au forum, et tu verras que le débat fut assez animé.
Et j'aurais du mal à être objectif, sachant que rien ne m'effraie plus que de me faire faire un gosse dans le dos...

Anonyme a dit…

T'es sûr que t'es pas en droit ? ;)
faut aussi se méfier, le cas en l'espèce n'est pas forcément valable pour toutes les situations, même si une tendance jurisprudentielle est toujours de mise...
si l'affaire avait été jugée dans un autre tribunal peut-être que l'issue n'aurait pas été la même!
je suis une fille, et pourtant je suis plus ou moins d'accord avec toi...de la part de cette femme, c'est irresponsable d'avoir gardé cet enfant et de le voir comme un cadeau du ciel, vu les circonstances, elle savait très bien que c'était un peu une situation de "j'ai fait un bébé toute seule", elle a choisi de garder cet enfant, en toute connaissance de cause, dc le minimum était d'assumer les conséquences...peut-être que c'est un moyen détourné aussi sans vouloir trop pousser pour obtenir des aides financières supplémentaires ;)
pr le mec c'est sûr c'est dégueulasse...il a des circonstances fortement atténuantes, s'il est de bonne foi il devrait pouvoir s'acquitter et de décharger davantage du problème...
mais bon quelles que soient les conditions, il a aussi bien participé à la conception que sa partenaire de l'époque, s'il ne reconnait pas l'enfant ok, mais c'est qd meme une charge morale en plus...
et un gamin de plus sans papa :(
et la figure paternelle c'est quelque chose d'important...

Anonyme a dit…

Encore une violence faite aux hommes qu'on ne reconnaitra pas avant un bon paquet d'années.

Au passage, les 4/5 des juges aux affaires familliales sont des femmes. Je ne dis pas là qu'il y a un effet de causes à effets, mais c'est amusant de constater qu'en France le droit des pères est encore très peu reconnu.

Et en effet, encore un môme qui va en souffrir.

Anonyme a dit…

Je suis très émue de voir la parution de ce post dans ton blog.

Ce genre d'histoire m'a personnellement touchée puisque mon ancien compagnon s'est retrouvé dans une situation similaire.

Déjà papa d'un petit garçon, une femme avec qui il est sorti avant que nous nous rencontrions n'a pas hésité à lui mentir, disant qu'elle prenait la pilule, pour lui faire un enfant dans le dos.

C'est après-coup qu'il a appris qu'elle cherchait à faire un enfant depuis quelques années sans y parvenir.

Cette situation a été très difficile a supporter pour lui bien évidemment, même s'il a eu l'élégance de reconnaître l'enfant.
Il vient rendre visite à sa fille une fois par semaine chez un médiateur.

Je n'en sais pas plus car malheureusement, tout ceci a été assez douloureux pour moi aussi et nous avons dû nous séparer. Et il est vrai que certains de mes amis m'ont opposé l'argument de la capote, jugeant que s'il ne voulait pas procréer, il aurait dû...etc. Bref. Beaucoup de doutes, beaucoup de souffrance pour tout le monde. J'espère juste que cet enfant sera préservé au maximum.